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DOSSIER: le contre punitif (Marc Kerlero from objetif 13)

Le contre punitif est un sujet extrêmement délicat, bien peu souvent abordé dans les ouvrages, les revues et les cours de bridge. Résultat, son maniement semble réservé à une élite et le non-champion n'a plus le choix qu'entre laisser impunis des adversaires trop bavards et, lassé de se «faire marcher sur les pieds», risquer trop fréquemment de décaisser 670, 530 et autres 990...
Nous allons néanmoins essayer d'y voir un peu plus clair. Pour ce faire, nous allons séparer cet exposé en trois parties, les partielles, les manches et les chelems.

Première partie

  1. Opposition à l'ATOUT
  2. La notion de misfit
  3. Les atouts «soumis»
  1. Après un surcontre
  2. Aprés le contre d'une intervention bicolore.
  3. Après un contre d'appel du vis-à-vis et une enchère du partenaire de l'ouvreur, fit excepté.
  4. Après une réponse d'1SA ou un changement de couleur 2/1 et une intervention du n° 4.

LES PARTIELLES


Pour qu'un camp ait intérêt à contrer une partielle à la couleur, il lui faut réunir plusieurs conditions. En effet, il ne suffit pas de penser ou d'espérer que le contrat chute, il faut encore que la pénalité ainsi récoltée «couvre», les points du contrat qu'il aurait été possible de déclarer (et de gagner) en attaque.

Exemple:

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
R V 6
   
R 5
   
A 8 5 4
     
V 10 5 4
     

 



Avec au moins 28 points dans la ligne, il est hautement probable que chute. Néanmoins, envisager de jouer contré serait très mal joué de la part de Sud, car il est légitime d'espérer gagner 3SA (ce n'est certes pas assuré mais, au bridge, on n'attend pas d'être certain de gagner un contrat pour l'annoncer: il suffit que les chances soient raisonnables). A vulnérabilité égale, par exemple, il faudrait donc encaisser trois de chute, soit limiter Est à cinq levées. Or, il suffirait à celui-ci d'un peu de distribution (coupes, longueur quatrième annexe ...) pour en réaliser au moins six, avec déjà quatre ou plutôt cinq levées d'atout au départ. De plus, les distributions «exotiques» existent et si Est possède un bicolore 6-5, par exemple, il peut fort bien GAGNER ; le contre serait alors évidemment catastrophique.


Pour être statistiquement rentable, le contre d'une partielle doit donc reposer beaucoup plus sur une forte opposition à l'ATOUT que sur un total élevé de points d' honneurs.
N'oubliez pas que, lorsqu'un adversaire possède un singleton, les 10 points H que vous pouvez posséder dans la couleur ne produiront qu'UNE levée si c'est lui qui joue le coup.

Exemple:

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
     
A 7 6
   
R D 10 8 6
     
8 7 4 3
     

La main dont on rêve ... Est va se faire littéralement massacrer à (Sud possède cinq levées pratiquement assurées à lui tout seul et Nord a ouvert). De plus, rien ne prouve que Nord-Sud font une manche et d'ailleurs, si c'est le cas, c'est que Nord est très fort et qu'Est va chuter de quatre ou cinq à . Bien sûr, comme souvent, on est dans une situation de contre non punitif (Spoutnik, en l'occurrence), mais ce n'est pas gênant: dans ces cas-là, il faut passer; Nord, fatalement court à Carreau, va très probablement réveiller par «contre», et Sud «transformera» cet appel en contre punitif.

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La notion de misfit est également un élément important pour décider d'entreprendre une action punitive à bas palier.


La présence d'un fit peut tout d'abord inciter à surenchérir et, d'autre part, diminue l'efficacité défensive des honneurs de la couleur. Imaginons par exemple que Nord-Sud possèdent As-Roi-Dame de Pique.

 

Il n'y a jamais de contre punitif sur les partielles à la couleur avec les atouts «soumis» (placés avant la longue adverse).


Nous en avons déjà parlé, mais il peut être utile d'y revenir, à l'occasion de certaines séquences ambiguës, du genre:

Exemple:

Sud Ouest Nord
Est
 
   
     

Si le contre d' est clairement un Spoutnik, on pourrait se poser des questions sur le contre de., mais il doit être considéré comme un appel, vue la position de Sud, placé AVANT Ouest. Quelque chose du genre:

 
Sud
A 6 5
R 4
A V 7 6 5
8 5 4

Dans le même esprit:

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
R V 9 5
A 3
   
R D 5 4
 
mais
 
D 5 4
   
         


Dans le premier cas, on peut espérer TROIS levées de Pique, mais AUCUNE n'est assurée dans le second. Un contre serait donc d'appel, avec, par exemple:

 
Sud
 
6 5
 
A D 5
et tant pis pour le jour
A R 6 5 4
(une fois tous les 20 ans)
V 7 6
où vous aurez:

 

 
Sud
 
R D V 10
Il faudra alors se contenter
A R 5 4
de la chute non contrée à:
D 5 4
après tout, vous étiez parti
7 6
pour 90 ou 120 à 1SA...

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LES SITUATIONS RÉPERTORIÉES DE CONTRE PUNITIF A BAS PALIER

Après un surcontre

Celui-ci sert principalement à prévenir le partenaire que la ligne est nettement majoritaire en points H, le plus souvent misfittée et qu'une pénalité serait donc la bienvenue:

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
5    
A D V 9
A V 9 6 5
   
V 7 6
     

Attention: ici, les atouts ne sont pas «soumis», puisque les Coeurs sont partagés entre Est et Ouest, avec, qui plus est, le Roi probablement en Est.

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
5    
A D V 9
A V 9 6 5
   
V 7 6
     

Là, on aimerait contrer d'appel, mais on ne peut pas tout faire. Le surcontre ayant crée une situation forcing, Nord devra parler et contrer en priorité. A défaut, il décrira son jeu et il sera temps d'aviser.

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Aprés le contre d'une intervention bicolore.

A priori, celui-ci montre le désir de punir l'adversaire, comme un surcontre:

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
D 5    
A D 5 4
R V 9 4
   
7 6 5
     
Taïaut ! Taïaut !
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
D 5    
A D 5 4
R V 9 4 2
   
7 6
     

L'enchère est forcing et demande à Nord de contrer en priorité avec des atouts. A défaut, il devra décrire son jeu et il ne nous restera plus qu'à découvrir la meilleure manche.

Retour tête de chapitre

Après un contre d'appel du vis-à-vis et une enchère du partenaire de l'ouvreur, fit excepté.

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
5 4  
D V 7 6
   
A 5 4
     
8 7 4 3
     
A quoi bon un Spoutnik lorsqu'il suffit d'annoncer la couleur soi-même, le partenaire ayant promis un «soutien» d'au moins trois cartes à Coeur, et souvent quatre ?
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
D V 7 6  
5 4
   
A 5 4
     
8 7 4 3
     

Même si les psychics se font de plus en plus rares de nos jours, l'enchère est utile pour montrer quatre cartes et récupérer un fit 4-4 à Pique, toujours possible en dépit de l'enchère d'Est. Et si Est-Ouest acceptent de jouer contré ? Tant mieux ! Nous avons autant de jeu qu'eux et plus d'atouts (au moins sept).

Après une réponse d'1SA ou un changement de couleur 2/1 et une intervention du n° 4.

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
R V 9 5
A D 6 5 4
   
6 3
     
A 6
     
Quelle utilité aurait un Spoutnik lorsque Nord a dénié quatre Piques ? En revanche, en inversant les Piques et les Carreaux ...
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
A D 5 4
R V 7 6 5
   
8 2
     
A 3
     
Si Nord possède quatre Piques, il les nommera lui-même, puisqu'il est fort.
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
R 5 4
A 8 7 5 4
   
R V 9 4
     
6
     

Pas besoin d'une ouverture forte pour contrer, la réponse de Nord assurant la majorité des points dans la ligne de toute manière. En revanche, quatre beaux atouts sont indispensables. Néanmoins, Nord, dont on ignore totalement le jeu, pourra décider de «dégager» s'il n'a pas envie de jouer contré.

Attention: après un changement de couleur 1/1, le contre de l'ouvreur est un Spoutnik indiquant une bonne main avec trois cartes dans la majeure de réponse et en principe cinq dans la couleur d'ouverture (ou un jeu très fort).

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
5
A V 6 5 4
   
A D V 9
     
R 5 4
     

Comme d'habitude ... en espérant un réveil par contre du partenaire.

Retour tête de chapitre

Deuxième partie

Avec les contres d'appel, la généralisation du Spoutnik, l'apparition des contres d'essai et autres informatifs en tous genres, il n'est pas toujours évident de repérer les contres restés punitifs. Pour s'y retrouver, il faut connaître quelques règles et quelques situations répertoriées.

LES GRANDS PRINCIPES

  1. Il n'y a jamais de contre punitif sur les fits libres
  2. Il n'y a jamais de contre punitif «tout seul» sur les partielles à la couleur.
  3. Pour être efficaces, les atouts doivent être placés derrière la longue adverse, et non pas devant.
  4. La longueur et la solidité des atouts emporte souvent la décision.
  5. La notion de «beaux» atouts dépend bien sûr de la «tête» mais aussi de la «profondeur»
  6. En tournoi par paires

Retour introduction

LES GRAND PRINCIPES

1) Il n'y a jamais de contre punitif sur les fits libres

On pose comme postulat qu'un adversaire qui soutient son partenaire à 2 ou à 3 possède de quoi être en sécurité distributionnelle à ce niveau. On ne bâtit pas un système pour lutter contre les fous furieux, d'autant moins que le contre d'appel est une arme indispensable dans ces situations très fréquentes. Si, par hasard, vous possédez de quoi contrer punitf, agissez comme d'habitude: passez et laissez votre partenaire, forcément court darns la couleur adverse, réveiller par contre.
Exemple

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
R D 7 6 4      
6
A V 7 6
   
D 5 4
     

Ne croyez pas «avoir tout dit», en intervenant à . Le singleton Coeur vous impose un réveil. Le plus souvent, votre camp pourra déclarer , ou, poussant parfois Est-Ouest à qui chute et, de temps en temps, Nord «transformera», votre appel avec quatre TRES beaux Coeurs:

 
8 2
RV 10 9
R 4 3
R V 9 6

Dans ces cas-là, entamez ATOUT.

Retour tête de chapitre

2) Il n'y a jamais («Pratiquement» jamais) de contre punitif «tout seul» (lorsque le partenaire a toujours passé) sur les partielles à la couleur.

Exemple

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
A R 5 1SA
R D V 9
   
A 9 5 4
     
7 6
     

D'accord, , chute très probablement, encore que les singletons, ça existe, mais, à votre avis, vous ne croyez pas que vous aurez plus souvent :

 
R D V 9
7 6
A 9 5 4
A R 5
Auquel cas, vous serez bien content de pouvoir contrer d'appel le réveil à . De plus, avec la première main, si votre partenaire n'a rien, vous chutiez à 1 SA et vous étes plutôt content du réveil adverse s'il possède un peu de jeu, votre associé va probablement réveiller par contre, puisqu'il est court à Coeur, et vous pourrez alors «passer punitif».
Sud Ouest Nord
Est
     
   
Si les deux premiers contres de Sud sont clairement d'appel, il pourrait y avoir un doute sur le troisième. On entend déjà Nord penser:
«Mais qu'est-ce qu'il me veut, à la fin ? Je ne comprends pas, alors je passe ! »).
En fait, ce serait illogique. Si Sud a cinq Piques et du jeu, il n'a qu'à laisser jouer . En revanche, un troisième contre d'appel serait justifié avec, par exemple:
 
A 6 5
R D V 7
A R D 7 6
8
S'ils n'ont que cinq ou six cartes dans leur ligne, ils feront presque certainement trois levées de Pique dans un contrat adverse à l'atout Coeur. Avec sept ou huit cartes, ils n'en réaliseront probablement plus que deux et, avec neuf ou dix, ils devront s'estimer heureux avec une. D'autre part, le nombre de levées qu'ils auraient réalisées à l'atout Pique aurait augmenté d'autant.
Exemple:
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
6    
A 8 5 4
   
R D 10 7
 
ou
 
8 7 4 3
   
         

Dans les deux cas, Sud possède quatre levées de défense, mais, s'il doit avoir très envie de jouer contré lorsque son partenaire a ouvert d', l'idée ne doit pas l'effleurer sur l'ouverture d'. D'une part, la chute sera moins grande, car les points à Cœur de l'ouvreur seront inefficaces. D'autre part, Nord-Sud ont de bonnes chances de gagner , et l'éventuelle pénalité récoltée à risque de ne pas être assez élevée. Enfin, tenter de jouer contré risque de permettre à Est-Ouest de découvrir un meilleur atout (à Pique, ici).

Retour tête de chapitre


3) Pour être efficaces, les atouts doivent être placés derrière la longue adverse, et non pas devant.

Exemple:

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
5 4    
R V 8 5
   
R 7 4
 
ou
9 8 7 5
         
Dans la première séquence, la chute à est une certitude quasi-absolue. D'ailleurs, de nombreux experts ont conservé le contre punitif dans cette situation. En revanche, dans la seconde, envisager de jouer contré serait de la folie douce, car Sud ne possède AUCUNE levée d'atout assurée. Même si Est est probablement singleton Cœur, Ouest pourra réaliser ses Cœurs en coupe ou en surcoupe, sans que la défense puisse jouer atout efficacement. C'est donc pour cette raison qu'un contre en Sud serait unanimement considéré comme un appel (6-7 points et une courte à Coeur), éventuellement transformable d'ailleurs par un ouvreur muni de quatre beaux atouts, bien placés, eux.
Evidemment, s'ils sont en «séquence pleine» ...
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
A R 8 7 5
6
Passe    
R D V 10 8
 
 
6 5
     

Même mal placés, R DV 10 8 feront quatre levées et il faut transformer le Spoutnik de Nord. En revanche, avec AV963 à Carreau, teneur tout à fait satisfaisante pour un contre punitif lorsqu'elle est placée DERRIERE l'intervention, il faudrait s'abstenir et se contenter de déclarer .

Retour tête de chapitre


4) La longueur et la solidité des atouts emporte souvent la décision.


grosso-modo, pour envisager un contre punitif. il faut posséder:
-au niveau de UN:
SIX beaux atouts, ou CINQ TRES beaux.
-au niveau de DEUX:
CINQ beaux, ou QUATRE TRES beaux.
-au niveau de TROIS:
QUATRE beaux, ou TROIS TRES beaux.


5) La notion de «beaux» atouts dépend bien sûr de la «tête» mais aussi de la«profondeur»

.
Par exemple, A D 7 4 3 est probablement insuffisant, même au niveau de deux: il n'y a que deux levées sûres. En revanche, A D 9 8 5 produira presque certainement quatre levées et parfois cinq avec le 10 chez le partenaire.
Exemples:

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
A V 6 3 2    
R 5 2
1 SA    
6 5 3
 
 
5 4
     

Avec seulement deux levées d'atout, rien ne prouve qu'chute.

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
A V 10 8 7    
R 5 2
PASSE    
6 5 3
 
 
5 4
     

Nord va probablement réveiller par contre et l'on pourra «transformer», avec de bonnes chances de scorer 300 ou 500 dans la bonne colonne, et parfois plus.

Retour tête de chapitre

6) En tournoi par paires

Toutes les donnes ayant le même «poids», on prend plus volontiers des risques dans ce domaine du contre punitif des contrats partiels, du moins à partir de . En effet, contré et fait ne score que 180, soit une perte de 3 Imp's, par rapport aux 90 habituels pour ce contrat. En duplicate, le coup n'est donc pas bien grave. En revanche, contré et fait score 470 ou 670, suivant la vuinérabilité, soit une perte sèche de 9 ou 11 Imp's, comparés aux éventuels 110 de l'autre salle. ll ne sera donc pas question de se «laisser aller». Pour contrer en duplicate, il faut escompter TROIS levées de chute probables et en «assurer» deux. Ainsi, si le coup est «décevant» la «marge»prévue devrait éviter la catastrophe.
Contrer pour -1 est ainsi très mal joué en match par quatre: pour gagner 2 ou 3 Imp's, on ne prend pas le risque d'en perdre 9 ou 11.
En tournoi par paires, en revanche, un zéro n'est jamais qu'un zéro et il faut parfois prendre des risques lorsque l'adversaire nous a «volé» le contrat.
Exemple:

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
R V 6
A 3
1 SA
R D 6 5
 
 
V 7 6 5
     

Visiblement, Est a fait un «spécial», puisqu'il n'est pas intervenu à sur . Il s'agit probablement d'un joueur qui ne supporte pas de laisser ses adversaires jouer le coup.
En duplicate, on passerait, pour encaisser paisiblement une chute probable «couvrant»à peu près l'éventuel gain du contrat de 1SA, sans prendre le risque de décaisser 10 Imp's.
En tournoi par paires, se contenter de 50 ou 100, alors qu'on trouvera probablement une avalanche de 90 ou de 120 sur la feuille, risque d'amener une note voisine du zéro. La chute étant malgré tout assez probable à , il faut contrer. On prendra un zéro de temps en temps, quand on aura eu affaire avec un petit malin embusqué derrière sept Piques par As-Dame, mais beaucoup plus de tops à 200 ou 300.

Retour tête de chapitre

TROISIEME PARTIE

LE CAS PARTICULIER DES PARTIELLES A SANS-ATOUT

LES MANCHES

  1. Le camp du contreur a montré une nette majorité en points d'honneurs.
  2. On ne sait pas trop qui attaque et qui défend.

Retour introduction

LE CAS PARTICULIER DES PARTIELLES A SANS-ATOUT


A de très rares exceptions près, le contre d'une enchère à Sans-Atout est punitif, même lorsque le partenaire n'a jamais parlé. Il est basé soit sur des levées visibles, lorsqu'il se pratique «seul», soit plus fréquemment sur une majorité connue ou probable de points d'honneurs, alliée, et c'est très important, à une forte opposition dans l'éventuelle couleur longue adverse.
Exemples:

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
R 5 3 2      
1 SA
A D V 6
   
A R 5
 
 
D 6
     
Rien ne prouve qu'1 SA chute. De plus, si c'est le cas, un contre ne pourrait qu'aider Est-Ouest à trouver un repli à ou , qu'ils manqueraient sinon pour cause de Stayman et de Texas. Imaginer une espèce de contre d'appel pour les majeures n'a aucun sens: pourquoi diable Nord possèderait-il une majeure quatrième ? Au bridge, il ne faut pas prendre ses désirs pour des réalités.
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
A 2      
1 SA
7 6
   
R D V 10 9 5
 
 
A R 5
     
Si l'on n'en reste pas là, il sera temps de nommer les Carreaux. Attention: Nord doit absolument passer si Ouest passe, même avec une main nulle.
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
R V 6 5  
A 2
1 SA
D 7 6 4
Passe
 
6 5 3
     
Pas question de réveiller d'appel dans cette situation de misfit généralisé.
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
A 2  
R D V 9 8
1 SA
A R 5
 
V 7 6
     
Voilà une signification logique au contre de réveil sur 1 SA. Nord doit passer et entamer Coeur (la couleur du mort). Attention: arme dangereuse, à n'utiliser qu'avec ia plus grande circonspection.
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
R 5  
1 SA
A V 6 5
   
D 6 5 4
 
 
7 4 3
     
Nord a dû intervenir relativement faible ... entamons du Roi de Pique. Néanmoins, si la séquence continue par «Ouest: , passe, passe», il sera temps de réveiller par «contre», d'appel cette fois, bien sûr.
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
D 5  
1 SA
R 5 4
   
A 7 6 4
 
 
D V 10 8
     
Si Nord n'a pas dit pour entendre le son de sa voix, où vont-ils faire des levées ? On entame bien sûr de la Dame de Pique. Si Ouest dégage à, il sera de bon ton de contrer, logiquement punitif après le premier contre à 1 SA, même si la chute n'est pas garantie à 100 %.
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
A V 6 5    
R 5 2
1 SA
6 5 4
passe
 
V 7 6
     

Bien sûr, nous sommes majoritaires en points H. N'empêche qu'Ouest est favori pour réaliser au moins cinq levées de Carreau et qu'il n'aura plus besoin de grand-chose à côté pour gagner.

Retour tête de chapitre

LES MANCHES

Les enchères ont été violemment compétitives

Il faut alors considérer deux situations différentes:

1) Le camp du contreur a montré une nette majorité en points d'honneurs.


C'est le cas après une ouverture forte, un changement de couleur 2/1 en réponse à l'ouverture, un cue-bid forcing de manche, etc.
Dans ce cas, il est dit «camp en attaque» et n'a pas le droit de laisser l'adversaire jouer impunément. Le contre indique alors surtout un désir de ne pas surenchérir.

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
A 4    
V 5
A D 6 5 4
 
R 9 5 2
     
Essayer paraît plus que périlleux, alors que la chute à est assurée, sauf main très spéciale en Nord (Coeurs VRAIMENT très longs ou fit à Carreau, par exemple), avec laquelle il pourra insister au niveau de cinq. Passer constituerait ici une action FORCING, incitant donc Nord à surenchérir, tout en lui laissant l'opportunité de contrer . Par exemple:
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
7 3    
D 6
A D V 5 4
passe
 
R V 7 2
     
Il faut inciter Nord à déclarer s'il possède:
 
Nord
6
A R V 9 8 7 4
R 2
D 9 5
mais le laisser contrer avec:
 
Nord
R 2
A R V 9 8 7
3 2
D 9 5

Retour tête de chapitre

2) On ne sait pas trop qui attaque et qui défend.


C'est la situation la plus délicate, bien sûr. Disons simplement que si les deux joueurs du camp se sont déjà clairement exprimés, le contre sera punitif:

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
5 4
A 7 6 5 4
A R 5
 
R D V
     

Nord a bien décrit son jeu et, en particulier, n'a pas promis grand-chose au point de vue défensif. Lorsque Sud contre , il prend ses responsabilités et contrera généralement avec des levées détensives en mineures, plus qu'avec des atouts.
En revanche, il devrait passer avec:

 
Sud
5
R D V 8 7 5
A D V 7
D 5
On a déclaré pour les faire, mais on a très peu de chances de gagner et la chute à n'est pas suffisamment certaine (loin s'en faut avec ces Coeurs probablement inutiles) pour prendre le risque de contrer. Vert contre rouge, on pourrait envisager un sacrifice à, surtout en duplicate.
Dans les autres cas, le contre ne sera pas punitif, au sens où il ne promet pas des atouts. Néanmoins, le palier étant très élevé, le partenaire pourra transformer si sa distribution est sans surprise. Exemples:
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
5 4  
A V 7 6
   
D 5
 
 
A 9 5 4 3
     

Si Est-Ouest sont seuls vulnérables, on peut supposer que le d'Est n'est pas vraiment un barrage et on doit plus se méfier de l'intervention à : il serait alors plus prudent de passer. Sinon, le contre dévoile «du jeu» et laisse Nord décider de la conduite à tenir.
Avec:

 
Nord
6
R 9 3
A R 7 4 3 2
V 6 2
il devra passer, conscient d'avoir déjà exprimé sa main, mais avec:
 
Nord
6
9 3
A R 7 4 3 2
R D V 6
il devra déclarer , vues la richesse offensive de sa main et sa pauvreté défensive, nullement garanties par une simple intervention à .
En corollaire, sur la même séquence, il ne faudrait pas contrer en Sud avec une main ne supportant pas
«l'enlevage»:
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
R V 10 8  
A 4 3
passe    
6
 
 
V 8 7 5 4
     

Certes, chute (probablement même de 2 ou de 3) mais, à contrer, on risquerait fort de voir Nord (sans
doute chicane à Pique) «débarquer» au niveau de cinq. La seule façon de «cueillir» Est-Ouest est de passer et d'espérer un (probable) réveil par contre en Nord. S'il ne vient pas, on se contentera de la chute non contrée à, ce qui n'aura rien de grave, puisque notre camp ne disposait visiblement d'aucun contrat gagnant.

Dans cette troisième partie de notre longue étude, nous avons donc fini le chapitre concernant les partielles et commencé celui sur le contre des manches. Nous le clôturerons dans la quatrième partie, en évoquant les cas d'enchères «calmes». Nous parlerons également des chelems et c'en sera terminé de la théorie ! Je vous proposerai ensuite quelques exercices d'application, pour vous permettre d'assimiler réellement toutes ces notions délicates et sans doute nouvelles pour une bonne partie d'entre vous.

Retour tête de chapitre

QUATRIEME PARTIE

LES MANCHES (suite)

LES CHELEMS

CONCLUSION

Retour introduction

LES MANCHES (suite)


Les enchères ont été calmes.
Le camp du contreur n'a pas parlé (ou très peu, en début de séquence, puis s'est tu).
Les contres d'une manche sont alors 100 % punitifs, mais peuvent se classer en trois familles:

  1. Les contres d'entame
  2. Le Contreur a la CHUTE EN MAIN
  3. Les Contres d'OREILLE


1) Les contres d'entame

Réservés aux Sans-Atout, ils sont dangereux à manoeuvrer, car il faut être sûr à au moins 95 % que le contrat chute si le partenaire entame selon les désirs du contreur.
Si les adversaires ont déclaré 3SA sans avoir nommé de couleur, le contre demande l'entame Pique:

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
A D V 8 6  
R 3 2
passe    
5 4
 
 
7 6 5
     
A moins d'aimer la roulette russe ... il serait plus prudent de posséder cinq Piques par R DV 10 et un As. Dans les autres cas, le contre demande l'entame dans la première couleur du mort:
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
6  
R D V 9 8
A 7 6
 
V 9 5 4
     

Pour faire ranger à Nord son quatrième Pique et lui faire sortir son singleton Coeur. L'absence du 10 n'est pas gênante, car il est soit au mort et capturé dans la fourchette V9, soit pas plus que troisième chez le déclarant et succombera alors à nos Roi-Dame-Valet.

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2) Le Contreur a la CHUTE EN MAIN .


... ou au moins la fermeture et l'enchère de son partenaire lui laisse espérer raisonnablement qu'il réalisera une ou deux levées. Attention aux distributions excentrées: méfiez-vous de vos honneurs «longs» et soyez sûr de ne pas craindre un repli adverse dans une autre couleur:

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
R V 9 4  
R D 7 5
R 5 4
passe
 
D 4
     
Où sont les quatre levées sûres ? Contrer ne pourrait qu'aider Ouest à manoeuvrer son contrat en le prévenant que les atouts sont mal partagés et parfois même lui permettre de gagner un coup qu'il aurait chuté si on l'avait laissé tranquille. Au bridge, IL N'Y A PAS de pire catastrophe.
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
D V 10 9 6    
R 3 2
5
 
7 6 5 4
     
Avec ce singleton Carreau qui laisse espérer quelques levées du partenaire dans la couleur, puisqu'il est peu probable qu'Est ou Ouest y soient également singleton, la chute à est assurée à 99 % et on ne voit pas bien comment Est-Ouest pourraient se replier dans une autre couleur.
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
D V 10 9    
5 4
6
R 9 8 7 5 4
passe    

chute très probablement, encore que rien ne soit sûr, mais ? Ne prenons pas ce risque et contentons-nous de la chute non contrée à : il vaut mieux marquer 50, 100 ou même 150 dans sa colonne, plutôt que 400 dans celle des adversaires !

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3) Les Contres d'OREILLE


Grandes spécialités de Philippe SOULET ou d'Hervé MOUIEL, ce sont les plus amusants (quand ils marchent), mais aussi les plus risqués. On les pratique sur des séquences adverses «poussives», lorsqu'on a une mauvaise nouvelle pour l'adversaire.

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
6    
A D V 9
R V 10 9 4
10 9 6
   

Les seules couleurs longues possédées par Est-Ouest ne s'affranchiront pas et, à les en croire, Nord contemple au moins cinq Piques (derrière les quatre du mort). Comme ils n'ont pas l'air de détenir plus de 24-25-26 points, il est très probable que le contrat chute (entamez du 10 de Trèfle). Si vous encaissez 500 (voire plus), outre les points ainsi gagnés, vous infligerez un énorme coup au moral de vos adversaires, peut-être crucial pour la suite du match.
En duplicate, il y a peu à perdre avec ce genre de contres, les surcontres et les surlevées étant très rares s'ils sont utilisés raisonnablement: 790 contre 620 ne coûte que 5 Imp's, alors que 800 contre 300 en rapporte 11.

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LES CHELEMS


Excepté lors de séquences très compétitives où les principes à appliquer seront les mêmes qu'en ce qui concerne les manches, il est très rare de contrer un chelem. Surtout, n'oubliez pas le très important principe suivant:
On ne contre pas un chelem avec deux levées dont au moins une à l'atout !!!
Il s'agit en effet d'une énorme erreur, souvent commise. La raison principale à l'existence de ce principe, a priori surprenant, est qu'il ne faut pas permettre aux adversaires de changer de dénomination, pour trouver un autre chelem, gagnant celui-là. Exemples:

 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
A 4 3  
D V 9 8
6 5
8 7 4 3
   
    passe      
Vous allez certainement marquer dans votre colonne à , mais à ou à ? Rien n'est moins sûr. Il est donc hors de question, pour gagner 50 ou 100 points supplémentaires, de prendre le risque d'en perdre 1000 ou 1500 et des poussières. De plus, le contre permet parfois à un habile joueur de carte de gagner des coups «impossibles». Avec RDx à Pique, derrière un ouvreur de Albarran (réponse de , pas d'As), vous êtes sûr de la chute à .... sauf si vous contrez pour prévenir le déclarant que vous possédez deux levées d'atout. Celui-ci pourra alors peut-être couper suffisamment de fois pour parvenir à trois cartes de la fin dans la position suivante:
R D x
  A V 10
Le 10 de Pique est présenté et Ouest n'a plusqu'à pleurer sur sa deuxième levée d'atout !
Le contre d'un chelem, en séquence non compétitive, relève donc le plus souvent de la célèbre convention LIGHTNER. Elle est pratiquée par le joueur assis à la droite du mort et demande une entame ANORMALE... laissant le partenaire deviner ! Inutile de préciser que, bien qu'utile, cette convention a occasionné un certain nombre de catastrophes dans l'histoire du bridge. Contrairement à ce que pourrait laisser croire une opinlon très répandue, le contre Lightrer n'est pas réservé aux contrats à la couleur:
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
A D 5  
6 5
V 7 6 5
7 6 4 3
   
Nord va probablement entamer rouge. Pour l'en dissuader, il n'y a que le Lightner, en espérant qu'il va trouver ... et que le Roi de Pique est bien au mort !
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
6 5 4  
D 6 5 3 2
-
 
D V 8 7 4
     
Là encore, il faut prévenir Nord qu'il se passe quelque chose d'anormal et, là encore, il faut espérer qu'il trouve ... et que notre camp dispose aussi d'une autre levée !
Souvent, il faudra renoncer au contre Lightner si l'on craint trop que l'entameur ne se trompe ou, plus souvent, si l'on risque d'orienter les adversaires vers un autre chelem, alors que le partenaire aurait peut-être rouvé l'entame mortelle tout seul:
 
Sud
Sud Ouest Nord
Est
A 4 3  
D V 9 8
6 5
8 7 4 3
    passe      

Après les enchères adverses, on peut espérer que Nord «devine» tout seul notre chicane à Carreau, alors que 6SA et parfois même seront sur table.

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CONCLUSION

Je vous avais bien dit que ce serait difficile !
Néanmoins, lisez et relisez encore cet exposé et les progrès dans ce domaine hautement délicat viendront avec le temps. Croyez-moi, ça vaut vraiment le coup de faire un effort.